atelier de Julie Maret_2

100613

Première séance de pose de N. Esquisse au fusain sur feuille de kraft ajustée à la toile. Puis, huile sur toile.

Fauteuil. Peau de toile blanche. Traîne
S’asseoir

Doigts. Bois. Corps de pinceau
Mesures

Bâton
Fusain. Son. Cris. Temps d’esquisse

Plan de la toile. Oblique en porte entr’ouverte

C’est par le sol
Jonchée de pieds. Du chevalet. Du fauteuil
Pieds de la pose
L’un socle, à plat sur un pli.
L’autre repose sur sa tranche
Repose

C’est par le seuil, la porte entr’ouverte. Plan oblique de la toile s’entr’ouvrant sur la pose
Par le seuil, bain de lumière entre. Diffuse. Étale. Comme la toile
Lumière. Passe le seuil et l’image. Le corps, l’image. Porte lumière

Lumière. Flaque en suspens. Flaque dressée verticale, à deux faces, deux dos
Flaque en tenture lisse. Sans plis, mille fois répétée ; tranchées d’espace entre les pans répétés, sans plis
Lumière ; flaque sans autre fond que sa surface. Le corps y est pris, s’y voit au travers. À part les pieds

Lumière flaque étale. Bain. Lave le corps de ses ombres. L’image
Corps sans ombre image dans la lumière étale. À part les pieds

Par le sol, aux pieds, la peau s’entame d’ombre
Par le sol échappe à la flaque étale

C’est par le sol que la blancheur s’effondre
Par le sol, entre les pieds de la pose et le seuil
Par le sol, des pieds de la pose au seuil, venue des teintes

C’est par le sol. Par les pieds de la pose
La carnation s’écoule, glisse sous le bas des pans.
S’écoule, glisse jusqu’au seuil entrouvert

C’est par le sol, sur la toile, la venue du corps. Forme. Plis
Corps. Des veines bleutées. Plein
Sur la porte entr’ouverte. Carnation rendue aux ombres
Au rouge

110613

Première séance de pose de X. Esquisse au fusain sur feuille de kraft ajustée à la toile. Puis, huile sur toile.

Fauteuil. Peau de toile blanche. Traîne
S’asseoir

Doigts. Bois. Corps de pinceau
Mesures
Bâton
Fusain. Son. Cris. Temps d’esquisse

Hauteur. Un en-haut descend sur l’ensemble. Venue. Avènement
Par les cris de l’esquisse, par le regard bas de la pose. Amarres de sa venue. S’y faire épingler
Surpiqûres
Tenu en bas, par points. Ou bien il s’accroche. Tenu venant. Fait des deux
Fin de l’esquisse. L’en-haut se retire. Pause

Reprise
Marquer au sol les pieds de la pose. Trait de craie autour des bottines. Pour revenir. Empreinte pour rebâtir, d’une fois sur l’autre ; pour que le corps reprenne sa fois d’avant

La toile. Reprise à blanc du tracé. Reprise comme un apaisement
L’en-haut revient. Comme un ventre d’escargot sort de la coquille. S’épand. Salive Fluide épais

À chaque accoup ; rétracte
À chaque temps mort, à chaque effondrement du jeu d’épingle, à chaque bris des amarres, le ventre s’absorbe en lui-même
Revient lent de même, à chaque apaisement
Spasmes de cet en-haut. Comme des craintes

Sous le ventre à présent, amarres plus lâches après le coup d’épingle

Sous le ventre ciel bas, couloir des yeux, obites se prolongeant. Regards sous le ciel bas du ventre

Sous le ciel bas du ventre, gestes, toile
Retenues provisoires de matière

Sous le ciel bas du ventre l’en haut se voit comme une tâche, posée sur la cornée
Persistance
Hante tout ce qui se regarde, empreinte ce qui se voit, même si l’œil est fermé
Tâche sans cesse dérobée par l’impossible immobile de l’œil, du globe dans l’orbite
Révulsion systématique de l’œil s’il veut la saisir, la suivre en ascension

La tâche de l’en-haut. Ses venues sur la toile
Depuis le début, il ne fait que venir. Il ne s’établit pas

120613

Première séance de pose de K. Esquisse au fusain sur feuille de kraft ajustée à la toile. Puis, huile sur toile.

Fauteuil. Peau de toile blanche. Traîne
S’asseoir

Doigts. Bois. Corps de pinceau
Mesures

Bâton
Fusain. Son. Cris. Temps d’esquisse

Fusain au bout du bâton. Dévie un peu dans l’encoche pendant le tracé
Traits brefs. Retours sur traits brefs
Épaule de la pose. Trait angle disjoint à la pointe
Puis bras de la pose. Trait vertical secoué à mi-chemin par la bosse d’un muscle
Puis coude. Tas de traits marquent l’angle
Puis fesse ; asseoir. Trait assis
Le fauteuil. Son bord est un rectangle mou, oblong
Puis l’avant-bras. Deux lignes touffes courent, parallèles un temps. Se rapprochent pour la main
Puis la cuisse. Ovale concassé
Fin de l’esquisse

Pinceau trempe tourne dans un lait d’essence
Mètre. Mesure de la toile
Pâte peinture couleurs gisent sur la vitre. Le pinceau vient y brasser. Puis retourne au laiteux. Essence. Puis s’emmanche sur le bâton
Toile. Trainées rouges. À peine. Puis noir. Puis un gris
Couleurs. Trainées. Couleurs, par dessus ; par contours accumulés le plein commence à se dire
Vue de dos du corps qui trace, devant face à la toile. Vu d’ici, le tronc a quatre bras : les deux bras aux pinceaux, les deux bras de la toile
Cou de la pose. Col. Traits épais décapitent
Première couche de chair
Le bras au pinceau, petits appuis répétés, insiste sur un bras de la toile. Presque le sectionne d’un tas de traits noirs
Bras de la toile, entre les deux traits du contour : c’est à présent une allée rose ceinte de deux veines sombres. Bordures. Coulées épaisses, statiques
Courant chair de l’avant-bras soutenu d’une seule coulée de même sorte
Venue de la tête. Trou blanc de la face d’abord. Peu à peu empli de l’autour ; de sa propre bordure
Venue de la bouche. Sourire. Nuée de traits, comme le signe d’un relief sur une carte. Chaîne du sourire
À présent, le cou s’abolit sous une coulée blanche qui traverse l’os de la mâchoire ; coulée ascendante, envahit la joue
Puis tout l’os blanchit. Puis la face. Mise à blanc de la face
Tête enflée de blanc. Deux entailles rouges viennent aux oreilles. Venue presque des yeux. Par l’autour

250613

Troisième séance de pose de Kl. Huile sur toile.

Fauteuil
S’asseoir
Assis plus bas que d’habitude. Habitude des deux poses passées
Ce que la toile a retenu c’est que le dos est plus droit

L’esquisse repasse, retrace la forme à plat autour des volumes que la couleur fait déjà
Ajoute une coupole au crâne inachevé
L’esquisse ne termine pas. D’autres possibles , d’autres têtes , crânes sont en fantômes sur le blanc qui reste

Sur la face déjà peinte, du rouge est venu, aux tempes
Sans effort vient avec l’image d’une double blessure, d’un suicide tenté symétrique
Les deux taches s’estompent vers le centre, se mêlent d’ivoire ; révèlent la peau tannée de la pose, la peau brunie au soleil
Taches d’ivoire sur l’oreille. Lumière rendue

C’est passer le clair pour en teindre le sombre, et inverse
Teintes mêlées à même la toile ; coups de pinceaux, étalements

Ombres sur la chemise d’abord bleu-vert sombre, estompées par un bleu très clair couvrent pour l’heure toute la surface du torse, par zones de densité variable
Fine chemisette d’été de la pose est pour l’heure, sur la toile, une armure glacée

Avant-bras de la toile posé sur l’esquisse de l’accoudoir, posé sur presque rien
Bande brun-rouge le plaque ; une nuée presque blanche, trace jaune en soutien, le distingue, l’isole, le porte , fait que la main pend
Jointure brumeuse des deux teintes au niveau de ce qui serait l’os ; brun-rouge majoritaire sur la zone de l’avant-bras
Sur la main c’est la clair en nuée qui l’emporte

Sur l’avant-bras, c’est là que les pinceaux ont changé de geste
Ils terminent leurs itinéraires en brouillant leurs propres traces

La couleur referme, comble par le fond, par dépôts, par recouvrements, transparences, opacités successives
Par abolition, disparitions, résurgences
L’œil lit des strates qu’il ne voit pas

Pour l’heure, les verticales du cou sont barrées d’une gaze blanche, posée horizontale par les traces du pinceau
Par elle, trachée et menton se fondent sur un même plan
Par elle le visage est un masque flottant au dessus du corps sans tête

Pour l’heure les jambes, le pantalon sont cernés d’une écume blanche, épaisses sur les bords. Le coup de pied dessous est un rextangle plat ceint de deux traînées brunes

Reprise de cette jambe
Ajout d’un peu de jambe au dessus du pied ; perspective de la cheville. Tracé d’une auréole pour remonter l’ourlet. Cheville, un instant sainte, s’engouffre dans la baille circulaire du pantalon
Le vert-bleu froid de l’armure chemise, le vert-bleu le plus sombre qui surnage encore, déborde à présent sur le blanc du fauteuil
Passage du bras du fauteuil au bras de la pose ; prise en note des plis de la chemise

Reprise de la face par l’oreille. Rose pâle recouvre l’ivoire qui faisait lumière ; nacre rose opacise la fine coquille

Le masque. Les yeux de la toile sont ceint d’une flaque claire, infundibuliforme, qui tient les autres teintes à l’écart, comme de l’huile dans l’eau empêche l’agrégat des poussières qui y flottent
Flaque claire uniforme, plate, pose une face sans âge, hors du temps de la pose
Clarté. Mêmes flaques sur le front, le menton, la boule du nez

Le temps d’écrire les yeux, le menton est venu, s’est extrait du plat, de la gaze

Nouveau trou dans la tempe mais cette fois il est gris
Reprise de ce gris sur des traits déjà peints : la face, les sourcils, les ailes du nez, les oreilles, les sillons qui viennent avec le rire aux coins de la bouche
Ce gris vient aussi cerner les yeux

Deux pointes de chair claires viennent dans le blanc de l’œil, aux coins

Coutures de la chemise, tracées en vert-bleu sombre, sectionnent les bras aux épaules. Ils ne tombent pas

250613

Troisième séance de pose de N. Huile sur toile.

S’asseoir. Nue. Reprise de la pose. Ajustements d’après ce que la toile a retenu, et la mémoire de la pose passée. Deux mémoires conjuguées, et la toile
Une main trop reculée sur l’accoudoir

Pour l’heure, le corps de la toile est fait de couleurs franches – bleu, rose, jaune, gris foncé – agencées, réparties par zones, séparées de blanc brut
Ces couleurs se perçoivent , mais diaphanes, en filigranes de la peau de la pose

Visage de la toile presque sans traits. Yeux blancs cernés d’ocre pâle, sans regard
Nez trou brun
Bouche comme tracée d’un trait du même brun

Cheveux fins de la pose cascadent
Pour l’heure, la toile les rend en une masse ocre jaune de faible densité parcourue d’épaisses veines brunes, ceinte d’un cerne brun
Écart entre les cheveux fins et leur masse sur la toile

Visage sans traits, presque. À peine teinté de chair
Reprise du visage
Passage par zone d’un lait d’essence brouillé d’ivoire
Vu d’ici, les zones laiteuses brillent ; parsèment la face de découpes d’îles

Le temps d’écrire les îles, le trou du nez s’est agrandi

Teinte pâle
Là où le pinceau s’en décharge, elle ne se lit pas comme une couleur, mais par l’épaisseur qu’elle fait, par l’aplanissement, la dissolution, la diffusion des couleurs franches qui faisaient jusque là le corps sur la toile

De plus en plus, le pinceau fait le geste de suivre, d’embrasser sur le plat de la toile les arrondis du corps, des muscles, de la chair

Taches d’ivoire viennent signer les phalanges, les articulations ; très vite elles se frangent de rose

Passage sur le ventre de la teinte pâle ; la couleur qui ne se voit pas

Pour l’heure, un des pieds est un dessin d’enfant

Du bleu revient sur le ventre. C’est le même bleu qui fait le fauteuil blanc
Touches nettes de ce bleu, vite estompées, dissoutes dans le clair
Bleu s’ajoute à présent aux os des phalanges ; se mêlent au rose qui frange l’ivoire, marque le pli du coude

C’est, sur l’autre main, la venue d’un même exosquelette d’ivoire, cette fois frangé de brun

Cinq estafilades brunes faites sur l’un des bras ; nettes, franches. Puis fondues, guéries par un passage au clair

Ce que la couleur fait net – taches, entailles, traînées – presque toujour le clair vient le défaire, vient en faire de la chair
Presque toujours, par le clair, le trait se change en zone
Presque toujours le tracé d’une limite, par l’estompe, vient déborder sur ce qu’elle sépare

Sur une cuisse majoritairement rose s’affrontent deux masses de traits en saccades
Brun sombre contre bleu franc
En faisant le geste de suivre sur le plat le volume des chairs, le pinceau plein d’essence brouille, dilue le conflit en une nuée vague

Les yeux viennent par leurs contours, sous un pinceau très fin

Un instant la face se pare d’une moustache bleue

Réparation du trou béant du nez par un passage au rose

Par passage au blanc, venue de la saillie du genou
Puis jambe entière soudain plâtrée

Sur la toile, rendu des cinq orteils d’un des pieds de la pose par un jeu de dix orteils, de trois teintes différentes

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