[sans titre]

Fronts hauts, têtes à la renverse, bouches ouvertes, cris pleins d’air aspiré, dents croches au vent faux de la course, bras ouverts, ils dévalent la pente. Claquement des étoffes autour des torses nus. Lames effilées des corps tranchant dans l’herbe haute.

Nous jouons dans le soir.

Au pied du coteau, c’est là qu’est le sommet. C’est tout en bas que gît la crête. Au bout du souffle. Là où s’enraille la course automate, où l’horizon redevient droit.

Encore. Ce n’est pas assez. L’air de la course bat si fort. Et puis c’est presque une chute, le corps y va tout seul, la pente fait le pas, il n’y a rien à penser. Encore. Un autre tour.

Tous ne repartent pas. Certains s’allongent à mi-pente, bras croisés sous la nuque, une herbe au coin des lèvres. Des paupières se ferment, des doigts claquent un insecte. Du haut de la côte, les voix sur le départ parviennent encore un peu. Puis plus rien.

Nous rêvons dans le soir.

Ils sont passés tout près.

Dans le demi-sommeil, à mi-pente, sous la battue sourde des pas qui dévalent, quelque chose est venu, qui a saisi les corps. Quelque chose du sol, du souffle, des herbes piétinées. Un long roulement ivre. Une secousse rauque. Quelque chose de la course, mais qui ne l’était pas. Qui l’était toute entière. Et qui était aussi ce que la course brise, ce qui meurt sous les pas.

D’en dessous réveillé par la horde qui passe , quelque chose a passé dans le corps des gisants.

Nous disparaissons dans le soir.

Là où nous étions, l’herbe est restée couchée.

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