Poole_a view

Comme si de cette heure, de cette aube tardive,
je ne parvenais pas,
aujourd’hui,
à percevoir l’espace

La dalle grise du ciel au dessus de la baie, le triangle clair qui s’ouvre au lointain; peut-être à l’endroit du partage des eaux; la voile qui passe et qui joint, verticale, l’onde et les nuées, la masse noire de l’île…

 Mon regard s’y heurte, y revient
insecte de nuit sur le verre de l’ampoule

Ce matin
je n’ai pour horizon
que les mots qui tentent de le dire

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Plus tard, quelques minutes, le même jour, dans la venue des sons, l’agitation, les trajectoires des corps comme en travers des lignes tracées par mon regard…

Le cormoran à demi immergé qui plonge et puis remonte et qui pourrait voler tout en même temps qu’il nage ; et les chiens,  les bateaux ; leurs maîtres ; et puis les amarres qui bordent le quai…

Tout cela, et encore d’autres choses, chiens, gens que je ne peux pas voir ni entendre, construisent à présent l’espace, le signent ; en usent.

Un voilier au moteur quitte l’embarcadère. Je n’y peux rien et je le suis des yeux. Entre – regard bateau –  l’écart se creuse ; c’est du fil qui se tend… Le bateau à présent est un lot de formes –  un trait, un triangle et deux demi ronds blancs – qui tiennent ensemble, avancent, mus par le nom qu’il porte. Bateau. Par le souffle qu’il faut pour le prononcer. Bateau.

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